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Ecurie Kevyn Thonnerieux

Ecurie Kevyn Thonnerieux

Actualités de l'écurie Kevyn Thonnerieux, entraîneur et driver de chevaux de courses

Une descente aux enfers programmée ?

Il y aura bel et bien un avant et un après Covid-19 dans les courses hippiques et dans bien d’autres secteurs d’activité. Au vu de la profonde crise économique et du peu de considération des pouvoirs publics envers les socioprofessionnels, l’avenir s’annonce morose et tendu pour beaucoup d’entre nous. Rien ne sera plus jamais comme avant, de nombreux entraîneurs, propriétaires et éleveurs vont rester sur le carreau, c’est une certitude, l’hémorragie ne fait que commencer, il faudra s’habituer à ne plus voir apparaître certains noms bien connu des turfistes sur les programmes de nos courses.

 

 

Aurions pu éviter ce scénario-catastrophe ? Oui certainement si le PMU avait eu plus de trésorerie d'avance, oui si le PMU avait été en mesure de verser l’intégralité de l’enveloppe allouée aux courses hippiques dès le début de l’année. Malheureusement nous avons appris avec stupéfaction que le PMU n’était pas en mesure de la faire, qu’il dépendait des enjeux quotidiens pour les verser mensuellement aux sociétés-mères. Le constat est assez simple à comprendre, nos instances auraient pu limiter le désastre actuel si les sociétés-mères du trot et du galop avaient reçu l’enveloppe totale (770 M€) en début d’année. Ainsi après la suspension des courses mi-mars, nous aurions pu reprogrammer les réunions annulées à cause du confinement, ou au pire nous aurions pu conserver cette enveloppe pour 2021 en cas d’annulation pur et simple de ces courses. Ce scénario aurait été parfait dans un monde idéal, les professionnels n’auraient pas eu à subir une nouvelle baisse des allocations (7.5 à 15% à la reprise). Notre modèle de course était envié par l’Europe entière, pourtant elle reposait uniquement sur un prévisionnel d’enjeu sur l’année suivante, sur de la pure spéculation d’une année sur l’autre. Après des années à combler le manque à gagner du PMU, de frais de fonctionnement disproportionnés, nos instances ont puisé dans leurs réserves personnelles pendant trop longtemps, au point d’être également sans le sou au moment où nous en avions le plus besoin. 

 

 

Quel sera le visage de nos courses demain ? Aucune idée, il faudrait être devin pour le savoir, la seule chose dont nous sommes certains, c’est que le changement sera brutal et qu’il fera des victimes. Avec la nouvelle baisse des allocations, c’est tout le système économique qui va se dégrader, les éleveurs seront touchés, tout comme les propriétaires, tous les maillons de la chaîne vont subir de plein fouet le krach hippique. Demain, il sera difficile pour un éleveur de vendre son yearling au prix de l’ancien marché, son poulain va perdre 30% de sa valeur au minimum. Demain, un entraîneur aura beaucoup de difficulté à vendre un cheval prêt à courir à 30.000 € HT ou plus, aucun investisseur ne prendra le risque de mettre autant d’argent après une énième baisse des allocations et dans l'incertitude économique dans lequel nous sommes tous plongés. Bref, vous l’aurez compris, plus rien ne sera comme avant, où l’argent coulait à flots, tout le monde devra revoir ses prix à la baisse pour espérer continuer à faire du commerce. C’est toute la chaîne hippique qui va devoir se reformer économiquement pour tenter de sauver ce qui peut être sauvé.

 

 

En partant de là, nos institutions vont devoir également se remettre en question et se reformer en profondeur. Le train de vie du PMU et de nos sociétés-mères ne peut plus continuer ainsi, chacun devra y mettre du sien pour faire des économies inévitables, les frais de fonctionnement devront être revus et corrigés, il en va de la survie de nos courses hippiques. Ils vont devoir aussi apprendre à mieux communiquer, car, il faut l’avouer, la communication a été déplorable pendant cette crise, et même bien en amont. Les non-dits ne doivent plus exister, ils doivent apprendre à être transparent de A à Z, il est anormal qu’une majorité des socioprofessionnels n’aient pas eu connaissance que nos allocations dépendaient uniquement des enjeux du PMU au quotidien. Naïvement, nous pensions que cette enveloppe était versée en une seule fois chaque début d’année, nous avons bien été naïfs sur ce coup-là. L’avenir ne nous appartient plus désormais, il faudra rester unis et solidaire pour construire les courses de demain.

 

 

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