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Ecurie Kevyn Thonnerieux

Ecurie Kevyn Thonnerieux

Actualités de l'écurie Kevyn Thonnerieux, entraîneur et driver de chevaux de courses

"Faire le tour" mais pourquoi faire ?

Dans le jargon hippique, faire le tour est un terme peu apprécié par les turfistes, il s’agit même d’un sujet polémique pour bon nombre d’entre eux. Ce débat est sans fin, tout le monde s’accorde à dire qu’il est inconcevable que le code des courses ne soit pas appliqué à la lettre par nos instances, nous l’entendons bien et nous le comprenons parfaitement. Pourtant ce problème est presque impossible à résoudre, il n’existe aucune solution viable pour contenter les deux parties.

 

 

Une grande majorité de professionnels sont capables, de nos jours, d’amener leurs chevaux au mieux de leur forme grâce au travail quotidien. Nos amis équidés  sont, en règle générale,  suffisamment prêt pour prendre de l’argent dès leur rentrée, les méthodes d’entrainement ont suffisamment évolué pour permettre à nos pensionnaires d’être presque à 100% de leurs moyens d’entrée de jeu. Mais parfois nous n’avons pas d’autres solutions que de présenter des chevaux incapables de pouvoir disputer l’arrivée. Il s’agit la plupart du temps, des chevaux ayant été absents des pistes durant de longs mois et qui ont besoin d’enchainer les parcours pour retrouver le rythme de la compétition mais surtout la condition physique nécessaire pour espérer reprendre à nouveau des gains. D’autres le font à des fins plus subtiles, ils font le tour dans le but de préparer une course bien visée. Ainsi, ils présentent leurs montures ferrées et restent gentiment à l’arrière-garde, puis le jour J, le cheval est présenté pieds nus et suffisamment affûté pour répondre à leurs attentes. C’est ce second choix qui pose problème et qui est sujet à polémique. Il faut bien faire le distinguo entre les deux cas, dans le premier cas, il n’y a pas d’autres solutions, l’entrainement est insuffisant pour les remettre dans le bain alors que dans le second, ils se servent des courses pour préparer un objectif bien précis.

 

 

Les professionnels font comme les turfistes avant les courses, ils font le papier, c’est une obligation pour connaitre les forces en présence, nous devons essayer de savoir ceux qui pourraient aller devant, les attentistes, les secondes chances et aussi ceux qui feront le tour afin d’adopter une tactique de course adéquate en fonction des qualités de notre cheval. Les courses ne sont pas une science exacte mais en étudiant correctement les partants d’une course, il est assez facile de repérer les chevaux susceptibles de faire le tour. Un cheval ferré alors qu’il est plus performant pieds nus à de grandes chances de ne pas être apte à figurer à l’arrivée, à contrario, un cheval pieds nus, après un ou deux parcours ferré, a certainement fait de cette épreuve un objectif. Aujourd’hui, le déferrage est un élément qui permet aussi de démasquer les entraîneurs, certains sont des adeptes du déferrage, mais seulement lorsque leurs chevaux possèdent une chance régulière pour disputer les premiers rôles, dans le cas contraire, leurs montures resteront ferrés et feront gentiment leur parcours à l’arrière-garde. Inutile de citer des noms, ils sont connus de tous. Le plus dur est de trouver les chevaux ferrés légers ou avec des plaques de cuirs seulement, ils courent de la sorte pour avoir plus de confort mais avec peu de poids sous les pieds, un avantage indéniable que personne ne peut voir à moins d’avoir l’œil avisé.

 

 

Nous avons entendu et lu pas mal de choses à ce sujet, certains parieurs ont même émis l’idée de créer des courses réservées seulement aux chevaux désirant  « faire le tour » ou absents de longue date pour recouvrer leur niveau. Problème de taille pourtant, ces courses n’auront aucun intérêt, ni pour les parieurs et encore moins pour les entraîneurs. Quel metteur au point, un tant soit peu intelligent, va demander à son cheval de rouler et de faire du train pour une rentrée ou pour préparer un rendez-vous ? Aucun. On risque donc d’avoir des courses sans rythme, sur le pied de 1’25, 30 ou 40 avec seulement un sprint final aux 500 mètres. Bref, des courses qui n’auront servi à rien, les chevaux auront simplement eu un parcours dans les jambes mais sans le rythme d’une vraie course, ce qui est pourtant le plus important.

 

 

 

Au sein de la Team KT, nous n’avons rien inventé si ce n’est de préparer nos chevaux pour un objectif bien précis sans avoir à faire le tour. Pourtant, il est assez rare de nous voir préparer des chevaux en compétition, nous préférons le faire à l'entrainement mais lorsque nous n'avons pas d'autres solutions, nous préférons aller de l’avant pour bien ouvrir les poumons de nos chevaux, ils sont souvent ferrés assez lourdement afin de pouvoir se faire une idée précise sur leur véritable degré de forme. Par contre, concernant les chevaux blessés de longue date, nous n’avons pas d’autres choix que de leur faire enchaîner les parcours afin qu’ils retrouvent progressivement leurs conditions physiques et le rythme de la compétition. En général, ces chevaux disputent des épreuves dans la catégorie des amateurs ou dans le rang des apprentis, il est assez rare de le voir évoluer en professionnels d’entrée de jeu, sauf si nous n’avons pas le choix des engagements. Conclusion, nous faisons comme nous pouvons avec nos moyens, comme beaucoup de professionnels, bref nous sommes comme tout le monde.

 

 

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